Irriter (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

XIV e siècle. Emprunté du latin irritare, « exciter, stimuler ; ».
1. Mettre en colère ; faire naître l'agacement, la contrariété, l'impatience. Un rien suffit pour l'irriter. Irriter les esprits par des mesures imprudentes. Absolt. De tels propos ne peuvent qu'irriter. Pron. Pourquoi vous ainsi ? Ils se sont irrités de votre absence, de ce que vous n'étiez pas là. Par méton., au participe passé. Des regards irrités. Répondre d'un ton irrité.
2. Fig. Augmenter, rendre plus fort, plus violent. Cela ne fit qu' sa passion. En lui parlant ainsi, vous ne faites qu' son courroux.
3. Provoquer, par une excitation extérieure, une réaction plus ou moins vive. Exciter par une stimulation mécanique, chimique, électrique, thermique. Irriter un nerf, un muscle par un courant galvanique.

Produire dans un organe, un tissu, une inflammation désagréable ou douloureuse
La fumée irrite les yeux. Avoir la gorge, la peau irritée.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Mettre en colère. "Rien ne m'irrite plus que de pareils discours. C'est un homme qui s'irrite facilement. Pourquoi vous ainsi? Un rien suffit pour l'irriter. On vous a irrité contre moi. Irriter les esprits par des mesures imprudentes."
Il signifie aussi, figurément, Augmenter, exciter, rendre plus fort, plus violent. "Vous irritez sa colère, son courroux, au lieu de chercher à l'apaiser. Les obstacles irritaient son courage. Cela ne fit qu' sa passion, ses désirs, sa douleur."
Il signifie, en termes de Médecine, Qui détermine de la douleur, de la chaleur et de la tension dans un organe, dans un tissu quelconque. "La piqûre des orties irrite la peau. Avoir les muqueuses irritées."
Il se dit, quelquefois, en parlant d'une Simple excitation des membranes, des nerfs, etc. "Cette musique discordante m'irrite les nerfs."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Mettre en colère, en parlant des personnes qui irritent. Irriter un taureau, un lion.
BOSSUET: « Ne dites pas à ce zélé magistrat qu'il travaille plus que son grand âge ne le peut souffrir ; vous irritez le plus patient de tous les hommes »
FLÉCH.: « A-t-il craint d' les puissants, quand il a pu secourir les faibles ? »
FÉN.: « On n'avait qu'à l' : alors, fougueux et hors de lui-même, il éclatait par des menaces »
FÉN.: « Eurymaque n'avait qu'à le contredire ; en l'irritant, il découvrait tout »
    Fig.
FÉN.: « Tout à coup une noire tempête enveloppa le ciel, et irrita toutes les ondes de la mer »
    Absolument.
CORN.: « Je veux me faire craindre, et ne fais qu' »
    Mettre en colère, en parlant des choses qui irritent.
CORN.: « Ta fortune est bien haut, tu peux ce que tu veux : Mais tu ferais pitié même à ceux qu'elle irrite.... »
RAC.: « Ici tous les objets vous blessent, vous irritent »
FÉN.: « Les moindres retardements irritaient son naturel ardent »
VOLT.: « La honte irrite enfin le plus faible courage »

 2   Rendre plus vif, plus ardent, en parlant des personnes.
BOILEAU: « Quel démon vous irrite et vous porte à médire ? »
RAC.: « Mais de faire fléchir un courage inflexible, .... D'enchaîner un captif de ses fers étonné, ....C'est là ce que je veux, c'est là ce qui m'irrite »

 3   Rendre plus vif, plus violent, en parlant des choses. Irriter le mal. Irriter la fièvre.
CORN.: « Enfin épargnez-moi ces tristes entretiens Qui ne font qu' vos tourments et les miens »
CORN.: « Sévère craint ma vue, elle irrite sa flamme »
BOSSUET: « Que n'a pas fait ce Sauveur miséricordieux [Jésus] pour prévenir les malheurs de ses citoyens ? fidèle au prince comme à son pays, il n'a pas craint d' l'envie des pharisiens en défendant les droits de César »
BOSSUET: « Pour ne pas la haine publique déclarée contre le ministère »
RAC.: « Pourquoi veux-tu, cruelle, mes ennuis ? »
RAC.: « Et c'est cette vertu si nouvelle à la cour Dont la persévérance irrite mon amour »
RAC.: « Je vois que mon silence irrite vos dédains »
FÉN.: « La possession des richesses ne fait qu'en la soif »
MASS.: « Les sciences irritent sa curiosité au lieu de la satisfaire »
VOLT.: « La mollesse De leur goût dédaigneux irritait la paresse »
VOLT.: « Comment , par degrés, la curiosité du spectateur ? »
VOLT.: « Et tous ses ennemis irritent ma colère »
J. J. ROUSS.: « Me voir rappeler incessamment tant de doux souvenirs, c'était le sentiment de mes pertes »
DIDER.: « Il faudrait s'attacher principalement à l'appétit »

 4   Causer une excitation sur les membranes et sui les nerfs. Irriter la membrane pituitaire par des sternutatoires. Cela m'irrite les nerfs.

 5   Terme de médecine. Exciter dans une partie une activité excessive, accompagnée d'ordinaire d'une sensation plus ou moins douloureuse. La fumée irrite l'oeil.

 6   S'irriter, v. réfl. Devenir irrité, se mettre en colère.
CORN.: « Quels foudres [ô Dieux] lancez-vous quand vous vous irritez, Si même vos faveurs ont tant de cruautés ? »
CORN.: « Mais ce n'est pas assez, amis, de s'irriter, Il faut voir quels moyens on a d'exécuter »
RAC.: « Faible, et qui s'irritait contre un trépas si lent »
DIDER.: « Qu'un jeune homme ne s'irrite jamais contre un vieillard, qu'il ne le menace jamais »
    S' que, s' de ce que.
MASS.: « Sa bonté [de Dieu] s'irrite que vous lui fassiez demander des grâces pour autrui, tandis que vous vous réservez le privilége de pouvoir l'outrager encore vous-même »
    Par extension, devenir impatient.
BOSSUET: « Plus l'obstacle qu'on trouve à ses grandeurs paraît faible, plus l'ambition s'irrite de ne pas le vaincre »
    Fig. La mer s'irrite, commence à s'irriter, la mer s'agite, commence à s'agiter.

 7   Devenir plus vif, en parlant des choses. Les haines s'irritaient en secret.
RAC.: « Ta fureur s'irritant soi-même dans son cours »
DUCIS: « Ce feu, longtemps caché, qui vient de nous surprendre, Dans Vérone allumé, s'irritait sous la cendre »

 8   Terme de médecine. Contracter une irritation. Sa gorge s'irrite à force de parler.
    On a dit en un sens analogue : le sang s'irrite.
SÉV.: « Je pense à votre belle jeunesse, à votre santé.... comme vous en avez abusé, comme votre sang s'est irrité »

HISTORIQUE
    XVIème siècle
BERCHEURE: « Si furent irritez et provoquez contre les Romains »
    XVème siècle
BASSEL.: « Je suis beaucoup irrité Contre toi, vin desloyal »
    XVIème siècle
AMYOT: « Ilz attisoient le feu le plus qu'ilz pouvoient au dedans de la ville, en l'irritant par toute maniere qu'il leur estoit possible »
MONT.: « Un tousseur continuel irrite mon poulmon »
MONT.: « La volupté mesme cherche à s' par la douleur »
COTGRAVE: « Irriter les frelons »
LANOUE: « Le zele est une ardante affection de l'ame qui tend à l'honneur de Dieu et au salut du prochain, dont s'ensuit aussi qu'elle s'irrite quand on le deshonore »
DESPORTES: « L'eau qu'on arreste en est plus irritée, Et bruit plus fort plus elle est arrestée »

ÉTYMOLOGIE
    Lat. irritare, que les étymologistes latins regardent comme un fréquentatif de irrire, inrire, gronder, grogner, en parlant d'un chien. Du supin irritum vient le causatif irritare ( 2nd i long), faire gronder comme un chien, . In-rire est formé de in, en, et rire, qui est le radical sanscrit rai ( a long), ragati ( 1er a long), il aboie (dans le véda).


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Mettre en colère. "Rien ne m'irrite plus que de pareils discours. N'irritez pas cet homme. Un rien suffit pour l'irriter. On vous a irrité contre moi. Irriter les esprits par des mesures imprudentes. Irriter un lion, un taureau."
Il signifie aussi, figurément, Augmenter, exciter, rendre plus fort, plus violent. "Vous irritez sa colère, son courroux, au lieu de chercher à l'apaiser. Les obstacles irritaient son courage. Les sauces irritent l'appétit. Irriter la soif. Cela ne fit qu' sa passion, ses désirs, sa douleur. Irriter la fièvre, la maladie. Son mauvais régime a irrité le mal. Les liqueurs fortes irritent la goutte."
Il se dit, en Médecine, De ce qui détermine de la douleur, de la chaleur et de la tension dans un organe, dans un tissu quelconque. "La piqûre des orties irrite la peau. Cette membrane est fort irritée." On disait de même autrefois que "Les humeurs étaient irritées," lorsqu'elles devenaient plus âcres, et qu'elles étaient dans un mouvement extraordinaire.
Il se dit, quelquefois, en parlant D'une simple excitation des membranes, des nerfs, etc. "Irriter la membrane pituitaire par des sternutatoires. Cela m'irrite les nerfs."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie aussi avec le pronom personnel, dans ses divers sens. "C'est un homme qui s'irrite facilement. Pourquoi vous ainsi? Ma fureur s'en irritait. Mon amour s'irritait par les obstacles. La fièvre s'irrite, s'est beaucoup irritée. Une membrane qui s'irrite aisément"
Fig., "La mer s'irrite, commence à s'irriter," La mer s'agite, commence à s'agiter.



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


Mettre en colère. "N'irritez pas cet homme-là. Nos péchés ont irrité Dieu. On vous a irrité contre moi. Irriter un lion, un taureau."
On dit, "Irriter la colère de quelqu'un," pour dire, L'augmenter, l'aigrir. "Au lieu d'apaiser sa colère, vous l'irritez encore."
Il signifie aussi, Provoquer, exciter. "Les sauces irritent l'appétit. Le jambon irrite la soif. Les objets irritent le désir."
On dit figurément, avec le pronom personnel: "La mer commence à s'irriter. Nos maux s'irritent en vieillissant. Son opiniâtreté s'irrite par les obstacles."
Il s'emploie aussi en Physique et en Médecine, et se dit Des humeurs qui deviennent plus âcres, et qui sont dans un mouvement extraordinaire; ou des membranes qui sont picotées par les humeurs. "Le vin irrite les fluxions. Les liqueurs fortes irritent la goutte. Cette humeur irrite la membrane."
On dit aussi: "Irriter la fièvre, la maladie. Son mauvais régime a irrité le mal."



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Mettre en colère. "N'irritez pas cet homme-là. Nos péchés ont irrité Dieu. On vous a voulu contre moi. Irriter un lion, un taureau."
Il signifie aussi, Augmenter, aigrir. "Irriter la colère de quelq'un. Au lieu d'apaiser sa colère, vous l'irritez encore."
Il signifie aussi, Provoquer, exciter. "Les sausses irritent l'appétit. Le jambon irrite la soif. Les objets irritent le désir."
Il s'emploie aussi en Physique & en Médecine, & se dit Des humeurs qui deviennent plus âcres, & qui sont dans un mouvement extraordinaire; ou des membranes qui sont picotées par les humeurs. "Le vin irrite les fluxions. Les viandes irritent la goutte. Cette humeur irrite la membrane."
On dit aussi, "Irriter la fièvre, la maladie. Son mauvais régime a irrité le mal."



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Verbe 


act Mettre en colere. "N'irritez pas cet homme-là. la colere de quelqu'un. quand sa colere est irritée. nos pechez ont irrité Dieu. on vous a voulu contre moy. les guespes. un lion, un taureau".
Il signifie aussi, Provoquer, exciter. "Les sausses irritent l'appetit. le jambon irrite la soif. les objets irritent le desir".
Il s'employe aussi en physique & en medecine, & se dit des humeurs qui deviennent plus acres, & sont dans un mouvement extraordinaire, ou des membranes qui sont picotées par les humeurs, "Le vin irrite la fluxion. les viandes irritent la goutte. cette humeur irrite la membrane en passant".
On dit aussi, "Irriter la fiévre, la maladie, son mauvais regime a irrité le mal".




Emplacement dans le dictionnaire :

irrigateur
irrigation
irrigue
irriguer
irritabilité
irritable
irritant
irritation
irrité

irroration
irruption
isabelle
isard
ischiatique
ischion
ischiopagie
ischurétique
ischurie
isiaque
islam




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...sa poitrine profonde. Il continuait de pêcher très vite, sans perdre son temps ni rien dire, et les deux autres, qui l'écoutaient dans ce silence, se gardaient d'avoir l'air d'entendre, de peur de l'irriter, le sachant si renfermé et si fier. ... dans son idée à lui, la mort finissait tout... il lui arrivait bien, par respect, de s'associer à ces prières qu'on dit en famille pour les défunts ; mais il...


Citation n°2 de Ernest RENAN (L'Avenir de la science)

...apparue comme si irrévérencieuse envers l'histoire, si partielle, si négative de tout ce qu'il y a de plus sublime dans la nature humaine, que, dussent les inquisiteurs et les philosophes s'en irriter, j'ai résolu de prendre l'esprit humain pour ce qu'il est, et de ne pas me priver de l'étude de sa plus belle moitié. Je trouve, moi, que les religions valent la peine qu'on en parle, et qu'il y a...


Citation n°3 de Ernest RENAN (L'Avenir de la science)

...qui se sentait l'égal de son maître, devait le haïr et le maudire, mais l'esclave philosophe, qui se sentait supérieur à son maître, ne devait se trouver en aucune façon humilié de le servir. S'irriter contre lui eût été s'égaler à lui ; mieux valait le mépriser intérieurement et se taire. Marchander les respects et les soumissions, c'eût été les prendre au sérieux. On n'est sensible qu'aux...


Citation n°4 de Ernest RENAN (L'Avenir de la science)

...à se proposer l'insoluble. La morale et le sérieux de la vie n'ont pas d'autre preuve que notre nature. Chercher au delà et douter des bases de la nature humaine, c'est s'agacer à dessein, c'est s'irriter la fibre sensible pour le plaisir équivoque qu'on trouve à se gratter. Mauvais jeu que celui-là ! Les rieurs ne régneront jamais. Le jour n'est pas loin où tous ces prétendus délicats se trouveront...


Citation n°5 de Anatole FRANCE (Le Lys rouge)

...étranger, un inconnu. Elle se dressa debout, et, avec une gravité douloureuse : -oui, j'ai été à lui. Vous le saviez bien. Je l'avais nié, j'avais menti, pour ne pas vous affliger, pour ne pas vous irriter. Je vous voyais inquiet, ombrageux. Mais j'avais menti si peu et si mal ! Tu le savais. Ne me le reproche pas. Tu le savais, tu m'as parlé souvent du passé, et puis on t'a dit un jour au...


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